Mercredi 16 juillet 2008

Je vous ai parlé la semaine dernière d'une découverte que j'ai faite sur la toile. Je vous ai parlé de MJ. J'ai le plaisir aujourd'hui de publier sur mon blog une nouvelle de MJ. Cette nouvelle a déjà paru dans le magazine Spécial du mois de juin. Je me suis demandée sous quelle catégorie de mon blog était-il convenable de publier cette nouvelle. Finalement, j'opte pour la création d'une catégorie spécialement pour MJ avec l'espoir de voir d'autres nouvelles d'elle venir l'alimenter sur mon blog. Désormais, vous pourrez consulter MJ's Corner :))) et... Bonne lecture !!



Je suis une femme avec un passé

SPECIAL juin 2008

Je suis une femme avec un passé qui a de la peine de voir souffrir cet homme, son homme, mon homme pour un passé désormais révolu, qui compte si peu ou pas.
Homme jaloux d’une ombre, d’une absence trop présente de souvenirs et de photos accumulées tout le long d’une vie, homme inexistant dans ce passé où il ne se trouve pas de place et de ce présent où il ne se retrouve plus.
Je suis une femme avec un passé et peu de personnes peuvent faire avec. Il disait pouvoir le faire…
Je suis une femme avec un passé qui ne cherche aucunement à l’effacer ou l’oublier. Il disait comprendre…
Je suis une femme avec avec un passé qui ne veut pas le rejeter. Il affirmait que c’était bien…
Ne regrette jamais rien qu’il disait.. n’y pense pas.. n’y pense plus.. n’y pense plus …
Je n’ai rien regretté et si ça se trouvait, je suis sure de refaire les choses de la même manière, à ma façon, comme elles ont été écrites dans ma main depuis ma naissance. J’avais pourtant tourné la page. Sincèrement. Mais lui continuait sa lecture de moi beaucoup plus assidûment que je ne le croyais, qu’il ne le pensait.
Tout l’intéressait. Tellement et si bien qu’il devenait le concerné numéro un de mon histoire, de mon passé. S’il m’arrivait de l’oublier ce détail du passé que j’oubliais souvent, il prenait soin de me le rappeler à grands coups de détails, de descriptions, de gestes, de précision verbale, de mîmes et de mines. Il se minait et me minait tout aussi bien, du moins c’est notre présent qui subissait cette torture. Et lorsque finalement je m’en souvenais pour en finir aussi parfois de tout ce cirque, il me reprochait de ne pouvoir oublier ! J’en étais toute retournée. Je n’avais rien fait pour revivre les séquences qu’il mínfligeait, les clichés qu’il me passait, les images qu’il illustrait et les dessins qu’il prenait soin de colorer, de décolorer et je savais qu’il ne changerait jamais.. Qu’il serait toujours jaloux de ce passé, de cette ombre qui l’anéantissait, de ces ombres qui se bousculaient dans sa tête. Il en avait plein le cœur et l’âme. Il en redemandait pourtant toujours plus et encore. Et encore plus.
Pour se délecter dans cette souffrance qui fut la mienne et dont il s’accaparait, il avait pris mon passé, le possédait désormais, le feuilletait, l’examinait à l’œil nu, à la loupe, l’épluchait, le mangeait, s’en gavait, le déchirait en petits morceaux, le jetait à la poubelle, le ramassait tendrement sitôt après pour recoller avec amour chaque instance. Il recollait ma bouche, mes yeux, mon sourire, ma grimace, mes cheveux qu’il peignait et caressait de la main et du regard, repassait ma robe, ma jupe, les plis de ma jupe, l’ourlet de mes robes, de mes jupes, de mon âme. Ensuite il boutonnait mes chemises, mes vestes, mes manteaux et s’occupait de remettre de l’ordre dans tout ce qui traînait derrière moi. De l’ordre dans mon passé !? S’il s’était approprié ma vie d’avant lui, moi je n’y pensais plus. Et son obsession grandissait avec son amour pour moi. Parce qu’il était fort cet amour. Et tout en espérant qu’il m’aimerait toujours aussi fort, aussi bien, aussi sincère, aussi aveuglement, entièrement, je savais bien, je l’avais bien dit qu’un jour viendrait et que plus rien ne serait comme avant pour nous deux parce que justement j’étais une femme avec un passé qui lui collait à la mémoire, à la peau, au visage, dans le regard qui lui barbouillait le cœur, lui soulevait l’estomac, le crispait â le rendre laid, hideux. Il était le témoin qui ne pouvait plus rester neutre, passif, souriant à m’écouter parler de lui, d’eux, de moi et lui, de nous deux aujourd’hui, de moi, de lui, et de moi et lui, de moi sans lui et de lui toujours présent entre lui et et nous. Il était le démon de notre union. Il était son propre démon. Et nous vivions en enfer heureux d’être si bien ensemble. Et nous vivions l’enfer de ce passé sur lequel il trébuchait sans cesse. jaloux de l’ombre, de la photo.. Lui il l’exècre, la photo il refuse de la regarder, il se détourne écœuré, meurtri.
Il s’en veut d’avoir trop bonne mémoire et moi d’en avoir plus du tout. C’est avec rage que je le vois se démener à garder sa sobriété lui qui se saoule à ce vin frelaté dans les caves de mon passé. Il cuve son vin tout en pensant à ces ombres qui prennent trop de place dans notre vie. Je m’inquiète pour lui. Il se démolira c’est sur. Mais il démolira aussi, et c’est ce que je crains, tout, tout ce qui a été de plus beau entre nous. Alors pour éviter le pire, la casse et les dommages, pour éviter l’irréparable, je parle.
On en parle de cette affreuse souffrance. Il parle aussi. C’est moi qui l’ai forcé. Tout se dit. Tout est dit. Mais, tout est dit depuis bien longtemps, depuis le début, depuis le premier jour…
C’est malsain ce qui se passe dans sa tête et je n’ai plus d’espoir. J’affirme qu’il ne changerait jamais et que c’est triste, tellement triste d’en arriver là, triste de s’attrister de cette tristesse qui n’a plus de nom.
Il s’en veut a mort, il est sincère. Il s’en veut de m’en vouloir, de n’avoir pas pu faire avec, lui qui disait pouvoir comprendre et qui s’en est allé me conquérir en conquerrant, voilà qu’il se retrouve désolé sur ce champ de bataille qu’il ne contrôle plus et il bat en retraite pour sauver un peu de cette dignité qui fut la sienne, la mienne, quelle différence ? Tout s’est confondu, fondu dans un même moule…
De tous mes souvenirs il s’en est forgé un passé. De mon passé dont je m’en suis débarrassée, il s’en est approprié. Il a fait sienne ma vie et s’en complait dans cette souffrance qui fut la mienne, que je ne m’explique plus, qui ne m’émeut même pas et ne me touche encore plus. Impossible de comprendre l’attitude de l’homme buté qu’il est devenu. Impossible non plus de comprendre comment la main qui s’est tendu, qui a caressé mes peines, s’est attendrie sur mon désespoir, qui a essuyé les larmes de mon chagrin, la main qui a bercé mon passé tourmenté comment peut-elle aujourd’hui se refuser et tendre le poing ?!
Mon regard a mal de voir celui qui a été mon frère et mon ami, mon soutien et le gardien de mes nuits, le bras protecteur et la parole du Bon Dieu devenir ce qu’il est. N’en avais-je pas fait ma conscience ? Et je vendrai mon âme au diable plutôt que de le voir souffrir, de le faire souffrir !
La colère rage en lui, gronde dans son âme comme un jour de tempête et les éclairs dans ses yeux aveuglent son âme. Il sourit. Rictus crispé. Il est laid dans sa souffrance, il est odieux dans cette courtoisie, cette gentillesse lisse et polie, simulée. Tourné vers lui-meme, centré sur sa peine, il s’en abreuve, s’en délecte, s’en réjouit… Il dit servir ceux qu’il aime, me servir moi en l’occurrence !
Il se sert de moi pour se détruire, nous détruire. Ma conscience me fait défaut. Ma conscience s’innocente. Il sínnocente de tout péché et je deviens LE péché originel. Le péché par excellence. Me voila devoir subir et méchancetés gratuites et propos mesquins.
Je n’aime pas l’amour dans la douleur, je n’aime pas la douleur, elle ne me stimule ni ne me rend meilleure, elle me tétanise, me détruit, m’anéantie. Non, je ne suis pas une adepte de ces souffrances concoctées, mijotées, soigneusement cuisinées dans une sauce de tourmente et d’épices sulfureuses le tout mijoté sur un feu doux qui vous atrophie, carbonise. Non, le canard laqué n’est vraiment pas mon truc à moi ni l’agneau sur la braise que l’on retourne et retourne, qui se vide de son sang, de son jus, de sa graisse et que l’on prend plaisir à voir suer, se racornir et fumer pendant qu’on grille une cigarette un verre à la main en parlant des autres, en s’évitant soigneusement, en prenant soin de ne pas s’avouer.
Trop vil le fait de se rejeter nos fautes à la figure, de s’en barbouiller les jours et les heures de chaque instant de notre vie, de ne pas assumer et nos faiblesses et nos actes et le courage de nos opinions et le respect d’autrui et le notre. Il faut apprendre ce qu’est une rencontre, ce qu’est un aveu…
Je suis une femme avec un passé qui a droit au bonheur, qui tend à un futur meilleur, joyeux, serein, qui cherche pleinement à profiter du moment présent, de la minute donnée, de l’instant éternel.
Et si je suis une femme avec un passé houleux, uni et plat, un passe riche en couleurs, sans couleurs et terne, un passe passionnant et passionné qui se demande souvent ou il a bien pu passer ce passé, je n’en garde que de bons souvenirs et de belles photos. J’admets qu’un peu d’amertume vient souiller de temps en temps mes bons sentiments mais je chasse vite l’affreux inopportun.
Et…que celui qui d’entre vous est sans passé me jette cette fameuse première pierre pour que j’en rie ! Et lui… même lui, lui qui détient mon passé encore faut-il qu’il ait assez de courage pour défendre le sien.

Acte de contrition ……………….


Marie-Jeanne Nachaty Moawad

Par Patricia Raffoul - Publié dans : Eclectic
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